CERCLECAD-Préface du Pr B AWAZI à Bénin- Investir dans l’avenir

CERCLECAD. Pr. BENOÎT AWAZI MBAMBI KUNGUA , PARUTION DE L’OUVRAGE DE AMOS YAO SANI SUR LA REFONTE DU SYSTÈME ÉDUCATIF AU BÉNIN Ottawa le 26 janvier 2018.

Lien musical : Angélique Kidjo (Bénin) : Wombo Lombo

Chers membres, amis et Collaborateurs du CERCLECAD.

C’est avec une intentionnalité jubilatoire que je diffuse les pages de couverture du premier ouvrage de notre membre, Monsieur Amos Yao SANI qui vient de publier un ouvrage ambitieux et visionnaire : « Bénin, investir dans l’avenir. L’impératif d’une éducation innovante, L’Harmattan, Paris, 2018 (Préface du Professeur Benoît Awazi Mbambi Kungua). » Ce que je pense de cet ouvrage perspicace est déjà dit dans ma Préface. Le coup d’essai de l’auteur s’est transmué en coup de maître !

En voyant chaque mois, depuis 12 ans, la parution des ouvrages des auteurs qui écrivent dans l’encadrement scientifique du Cerclecad, je sens sourdre en moi une immense jubilation prophétique qui me pousse à annoncer que je battrai le ‘’record de Moïse’’, c’est-à-dire faire l’œuvre prophétique par-delà 120 ans. Ce qui est déjà un pari monumental et je ne l’aurais pas embrassé sans une énorme « conviction prophétique ». Oui notre mission passe par l’Écriture des traditions orales africaines et nous nous y attelons avec puissance.

Le Cerclecad aujourd’hui c’est un puissant et immense réseau de chercheurs dans les quatre coins du monde et qui regroupe 2000 personnalités soigneusement sélectionnées en Afrique, en Europe, dans les Antilles, au Canada et aux États-Unis et qui sont tous engagés avec enthousiasme dans la production, l’archivage et la dissémination mondiale des ouvrages qui s’imposent par leur érudition et leur capacité émancipatrice.

Va plus haut et plus loin, mon cher frère Amos Yao Sani et tu seras toujours soutenu par la cohorte de nos chercheurs chevronnés au rayonnement mondial.

Vive le Cerclecad et Vive la Pensée prophétique et émancipatrice.

Oui qui vivra, verra et rira bien qui rira le dernier (…)

Salutations présidentielles, prophétiques, jubilatoires, divinatoires et phénoménologiques,

Professeur Benoît AWAZI MBAMBI KUNGUA.

Philosophe, Sociologue et Théologien,

Président du CERCLECAD (www.cerclecad.org , Ottawa, Canada).

Courriels : benkung01@yahoo.fr  & nabiawazi@gmail.com


LE SYSTÈME ÉDUCATIF BÉNINOIS AU RISQUE DE LA MONDIALISATION NÉOLIBÉRALE. PRÉFACE DU Pr. Benoît AWAZI MBAMBI KUNGUA.

J’amorce la rédaction de cette préface de l’ouvrage de Monsieur Amos Yao SANI en même temps que je suis en train de rédiger l’Éditorial de notre revue scientifique annuelle, Afroscopie ayant pour titre : « Philosophies africaines, Études postcoloniales et Mondialisation néolibérale. »[1]. Il y une convergence notoire de perspectives analytiques entre ces deux publications qui se nouent autour des défis multiples que la mondialisation marchande pose aux sociétés africaines contemporaines.  Et c’est dans la volonté intellectuelle de hisser le système éducatif béninois à la hauteur des problèmes et des enjeux scientifiques, technologiques et politiques charriés par la mondialisation numérique que se joue l’essentiel de la philosophie de l’éducation proposée avec conviction intellectuelle et volonté émancipatrice par l’auteur.

Monsieur Amos Yao SANI affiche une ambition radicale de refondation de l’ensemble du système éducatif béninois, du niveau primaire à l’université, tout en l’arrimant aux mutations rapides qui se déroulent aujourd’hui dans notre planète à travers les révolutions informatiques et communicationnelles (TIC) et la mondialisation marchande et technologique qui marquent radicalement cette aube du XXIème siècle.

L’auteur nourrit un grand rêve pour l’émergence du Bénin comme un pays totalement engagé dans la mise en place d’un système éducatif solidement enraciné dans les pratiques culturelles, politiques et traditionnelles de la société béninoise tout en la situant dans la conjoncture géopolitique mondiale marquée par le réseautage des peuples et des cultures sous la férule de la mondialisation néolibérale, athée, nihiliste et consumériste.

Cet ouvrage s’inscrit résolument dans la philosophie politique de la production et de la dissémination tous azimuts des connaissances théoriques et pratiques à partir desquelles le processus de renaissance, de reconstruction et de libération holistique des sociétés sans États de la postcolonie se produira. En ce sens, il se situe au cœur de l’axe gnoséologique et politique du CERCLECAD [2]qui consiste à mettre au travail systématique les élites africaines des diasporas occidentales dans le chantier colossal de production, d’archivage et de dissémination des savoirs vitaux et performants sur des sociétés africaines contemporaines.

 Mais pour opérationnaliser son rêve immense de « métamorphose intellectuelle et politique »  de son pays et de son peuple, l’auteur passe par un long processus déconstructeur, révolutionnaire, fondationnel et innovateur de la totalité du système éducatif béninois qui accuse plusieurs blocages fonctionnels, institutionnels, politiques, idéologiques et pédagogiques.

La phase déconstructrice de cette démarche de réflexion créatrice implique la reconnaissance des lacunes, des dysfonctionnements et des blocages du modèle éducatif actuel qui est passé successivement par le système de l’extraversion idéologique laissé par la colonisation française, le système prétendument « révolutionnaire » du régime pseudo-marxiste-léniniste du Général Mathieu Kérékou et le « nouveau programme » rejeté aujourd’hui par l’ensemble des acteurs impliqués dans le système éducatif béninois qu’il appelle : « les parties prenantes. » La phase révolutionnaire se montre dans la volonté de l’auteur de refaire du neuf à partir des impasses du système actuel déconnecté des requêtes politiques, éthiques et économiques de la formation solide des citoyens béninois bâtisseurs de leur société et compétitifs dans les luttes pour la survie dans une mondialisation marchande qui ne connaît que la loi du plus fort et du plus compétent. L’éducation doit donc être à la fois arrimée aux exigences d’une « citoyenneté responsable et imputable » devant le peuple béninois dans son ensemble (le pôle de l’immanence politique) et les requêtes de l’insertion d’un pays dépourvu des ressources minières et pétrolières dans le système monde capitaliste (le pôle de l’extraversion économique). La phase fondationnelle jette avec conviction éthique et perspicacité intellectuelle les principes éducatifs, pédagogiques, didactiques et démocratiques qui doivent informer le système éducatif béninois dans un esprit de synergie entre toutes les parties prenantes impliquées dans l’architecture éducative du Bénin actuel. La phase innovatrice constitue la force motrice de tout cet ouvrage ambitieux, car elle intègre les acquis substantiels des « révolutions numériques » et des « nouvelles technologies de l’information et de la communication » pour l’opérationnalisation d’un système éducatif performant, modernisé, inclusif et capable d’articuler dialectiquement, d’une part, les requêtes locales de formation continuelle des citoyens responsables, compétents et imputables de leurs actes dans la construction d’une société démocratique au Bénin, et d’autre part, les défis globaux et complexes de l’insertion avantageuse d’un pays pauvre en matières premières dans la géopolitique marchande néolibérale. N’ayant pas de matières premières, la richesse primordiale du Bénin doit être l’investissement dans l’épanouissement des intelligences et des esprits pour qu’ils puissent engendrer de la « plus value intellectuelle » dans tous les domaines de l’activité économique interconnectée, et donc, mondialisée. C’est son unique condition de survie dans un monde où les métiers de demain sont en train de surgir dans les transactions scientifiques et technologiques d’aujourd’hui. Dans une économie numérique immatérielle, la richesse réside dans les savoirs substantiels qui induisent des pouvoirs d’action dans des domaines soigneusement ciblés par des experts travaillant en réseaux complémentaires et synergiques à la conquête de l’hégémonie politique et économique dans le monde.

Dans ce cas de figure, le Bénin n’a d’autre choix que d’innover, d’anticiper et de nourrir des ambitions de l’excellence, de l’expertise et des compétences scientifiques et technologiques nécessaires pour devenir un pôle d’attraction des délocalisations (impartition) des entreprises internationales en quête des services à moindre coût. Le système éducatif béninois doit constamment s’ajuster aux mutations rapides dans l’économie numérique mondialisée en produisant « la plus value intellectuelle » dans tous les champs de la connaissance et de la praxis humaines.

D’où la nécessité d’investir dans la formation des enseignants et des professeurs capables de se réformer et d’apprendre tout au long de leurs carrières éducatives. Les éducateurs doivent ainsi se constituer comme des perpétuels apprenants et autodidactes en étant capables de bénéficier des nouvelles modalités de production, d’archivage, de reproduction et de dissémination des savoirs, des connaissances et des nouvelles capacités de numérisation. Ainsi ils seront capables de mettre en œuvre des stratégies pédagogiques, éducatives et didactiques où l’apprenant est appelé à s’approprier constamment les savoirs par sa propre motivation selon la philosophie de l’autonomie durable du sage qui peut s’énoncer par cet énoncé : « Éduquer, c’est apprendre à apprendre tout au long de la vie dans un monde en perpétuelles mutations. » Je ne peux m’empêcher ici de citer ce proverbe biblique fulgurant : « Les sages thésaurisent le savoir ; le propos du fou, c’est la ruine prochaine. » (Proverbe 10, 14).

C’est ici et ici seulement que se manifeste la puissance démiurgique, créatrice, fondatrice et révolutionnaire de cet ouvrage ambitieux et visionnaire. Nous atteignons ainsi le centre de gravité de toute la pensée ambitieuse, audacieuse et prospective qui se joue de bout en bout dans cet ouvrage de percée.

L’auteur est largement afro-optimiste, mais aussi afro-réaliste, car il prend le temps et l’espace pour déployer une puissante pensée philosophique et politique qui mise sur la formation holistique de l’homme comme but et fin de toute entreprise éducative, philosophique et politique. Il s’agit donc d’un ouvrage qui devrait absolument être lu – non seulement par les autorités politiques et intellectuelles béninoises, cela allant de soi –, mais ce sont toutes les élites politiques et universitaires de l’Afrique contemporaine qui devraient lire cet ouvrage et en faire un livre obligatoire dans les facultés de philosophie de l’éducation et dans tous les ministères de l’Éducation du continent encore marginalisé et défavorisé par les rapports de force induits par la mondialisation occidentale de la planète dans une logique ouvertement militaro-capitaliste depuis le XVIème siècle.

Sa forte insistance sur la nécessité de former les jeunes à la créativité, à l’esprit d’innovation et de curiosité intellectuelle dans un monde régi par des mutations rapides dans tous les secteurs des sciences et des technologies constitue le centre de gravité de cet ouvrage. La nécessité d’inclure les parents, les enseignants, les apprenants, les responsables politiques, les chefs d’entreprises et les organisations des Nations Unies pour l’Éducation et le commerce mondial (UNESCO, OMC) permet la mise en œuvre d’un système éducatif arrimé aux défis locaux, et capable de s’ajuster aux multiples requêtes de l’insertion réussie du Bénin dans les méandres de la mondialisation néolibérale.

L’auteur a aussi puissamment mis en relief l’importance structurante des religions – et notamment du christianisme et des religions traditionnelles (Vodun) dans la société béninoise. La réforme totale du système éducatif qu’il préconise ne doit pas uniquement consister à l’accumulation des biens matériels et à la consommation compulsive qui règnent en maîtres dans les sociétés sécularisées d’Europe et d’Amérique du Nord. La question incandescente de Dieu[5] – aussi bien dans les religions importées (Christianisme et Islam) que dans les religions traditionnelles (Vodun) doit être au cœur des stratégies éducatives et pédagogiques en vue de mettre en place un système éducatif holistique qui articule la dimension de la transcendance divine et la dimension de l’immanence des choses créées, car l’homme ne peut pas ne pas se poser les questions existentielles du sens de sa vie et de sa mort, et les propositions religieuses doivent avoir leur place spécifique, prophétique et iconoclaste dans le système éducatif béninois.

C’est ainsi qu’il a stigmatisé certaines Écoles confessionnelles – notamment catholiques – qui privilégient les enfants issus des familles nanties, alors qu’elles devraient se laisser guider par « l’option préférentielle pour les pauvres » massivement promue par la vie et le message du Prophète Jésus[3] de Nazareth, fondateur du Christianisme. Les Écoles confessionnelles catholiques, disposant d’une puissante logistique et des ressources éducatives importantes, ne devraient jamais oublier l’inclusion des pauvres, des petits et des marginalisés des bourgeoisies nègres qui recolonisent ostensiblement les sociétés africaines postcoloniales.

L’auteur a mis en évidence le laisser aller, la nonchalance, voire le peu de considération envers le métier d’enseignant au Bénin. Malheureusement, il s’agit d’une triste réalité omniprésente dans tous les pays africains, où les dictateurs nègres de la postcolonie ont traité – et continuent de traiter –  les enseignants et les professeurs avec mépris pour ainsi donner l’image publique d’inutilité des fonctions proprement intellectuelles de la production des savoirs théoriques et pratiques indispensables à l’émergence des citoyens lucides, perspicaces et engagés dans l’érection d’un espace public propice à la rationalité communicationnelle et à la pensée critique, libératrice et prospective. Il s’agit d’un obstacle majeur qui va retarder l’apparition des systèmes éducatifs à la hauteur des défis locaux et globaux dans des sociétés déliquescentes de la postcolonie africaine.

C’est à juste titre que la Finlande est à plusieurs reprises citée comme le modèle d’une société qui investit massivement dans la formation des enseignants et des professeurs de haut niveau en centralisant toutes les formations des agents de l’éducation au sein des universités prestigieuses. Il s’agit de l’un des pays où le métier d’enseignement jouit d’un prestige national enviable et consensuel.

Je souhaite beaucoup de persévérance dans l’ascèse intellectuelle et une joie radieuse (délectation philosophique) dans la vie d’écrivain de l’auteur. Selon moi, le coup d’essai de l’auteur est un coup de maître.

Laissons à l’avenir de corroborer mon observation prophétique qui constitue en même temps un défi et un pari que je lance fraternellement à l’auteur de poursuivre sa vie de production d’une pensée émancipatrice sur l’Afrique en affichant son ambition intellectuelle dans la longue durée. Que Dieu le bénisse.

Fait à Ottawa le 15 novembre 2017.

Professeur Benoît AWAZI MBAMBI KUNGUA.

[1] Benoît Awazi Mbambi  Kungua (Dir.),  Philosophies africaines, Études postcoloniales et Mondialisation néolibérale. Variations africaines et diasporiques, Afroscopie VIII/2018, (Revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires), publiée par Le Cerclecad-Harmattan, Ottawa-Paris, 2018.

[2] La notion de « la plus value intellectuelle » que le système éducatif béninois réformé doit produire dans chaque domaine scientifique et productif traverse cet ouvrage de bout en bout. Elle est aussi au cœur de la philosophie politique de la connaissance que le CERCLECAD promeut ostensiblement dans le monde entier en mettant sérieusement au travail les élites africaines des diasporas occidentales. Lire à ce sujet : Benoît Awazi Mbambi  Kungua (Dir.), Les Intellectuels africains au Canada : Missions, Figures, Visions et Leaderships, Afroscopie V/2015, (Revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires), publiée par Le Cerclecad-Harmattan, Ottawa-Paris, 2015, 390 pages. & Benoît Awazi Mbambi  Kungua (Dir.), La Chine et l’Inde en Afrique. Une approche postcoloniale et pluridisciplinaire. Suivi de plusieurs articles en théologie, philosophie et sciences sociales et politiques, Afroscopie VII/2017, (Revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires), publiée par Le Cerclecad-Harmattan, Ottawa-Paris, 2017, 490 pages.

[3] Pour une présentation prophétique et émancipatrice du message de Jésus-Christ dans les sociétés africaines contemporaines, je renvoie à : Benoît Awazi Mbambi  Kungua., Le Dieu Crucifié en Afrique. Esquisse d’une Christologie négro-africaine de la libération holistique, L’Harmattan, Paris, 2008, 330 pages.

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